Tout ce dont les médias font FI

Alors que l’opinion publique n’a jamais été aussi critique à l’égard des médias « mainstream »
comme il est convenu de les appeler aujourd’hui, aucune perspective de remise en cause n’est à l’ordre
du jour, « circulez y’a rien à voir ! ». Bien qu’il soit régulièrement rappelé que 10 milliardaires détiennent
plus de 90% de nos médias, à des fins, nous le savons tous, philanthropiques, et que la France se trouve
classée à une piteuse 39e place (en 2017) au classement de la liberté de la presse, « Tout va bien »
comme nous l’a signifié la très subtile mélodie d’Orelsan. La soi-disant « neutralité » des médias, des
éditorialistes, ou encore de certains journalistes, va à l’encontre de tout ce qui a pu être démontré
scientifiquement, par les universitaires. Notamment sur ce qu’est le fonctionnement de l’être humain
dans un environnement social comme nous le verrons plus loin. Nous n’allons pas ici nous lancer dans
une diatribe, de type article universitaire, bourrée de références, définitions ou autres complexités
théoriques.

Avant toute chose, la critique étant émise concernant une fausse neutralité des médias, il est
donc nécessaire que la personne qui rédige ce papier, à savoir moi-même, précise dès lors qui je suis,
quel positionnement j’ai, afin que l’on ne puisse pas m’envoyer à la figure ma propre critique. Je suis
étudiant en doctorat de psychologie sociale, à Dijon et je fus candidat de la France Insoumise aux
élections législatives sur la 3e circonscription de Côte-d’Or, avec effectivement un nom de famille qui
avait, par ailleurs, permis d’attirer un certain nombre de ces médias. Mon positionnement n’est donc pas
neutre. Je sens déjà poindre la réflexion que cela peut éveiller chez certains « il critique les médias, mais
il était bien content durant la campagne qu’ils parlent de lui ». Ce raisonnement est finalement des plus
logiques, à tel point que c’est certainement avec le Venezuela et notre passion pour la Russie de Poutine,
sur le podium des reproches les plus souvent adressés à l’encontre de la France Insoumise matin, midi et
soir. Pour couper court à la faiblesse intellectuelle de ce raisonnement, tous les bons militants « sont à
jour de toutes les contradictions qui peuvent les traverser » et peuvent même parfois tenter de
convaincre autrui de gestes ou d’actions, qu’ils peuvent avoir eux-mêmes du mal à réaliser. Que
quelqu’un me présente un individu n’ayant jamais eu de comportement pouvant être en dissonance
avec certaines de ses convictions profondes ! Nous sommes tous concernés ou touchés par la faim dans
le monde (je l’espère), pour autant nous allons parfois au restaurant au lieu de donner cet argent à des
associations. Beaucoup d’individus souhaitent une planète plus verte mais utilisent parfois leur voiture.
Ou encore, beaucoup d’individus sont contre cette 5e république, et pour autant ils participent aux
élections ! Nous voyons ici très vite la limite de ce raisonnement culpabilisant, malsain, qui n’a encore
une fois aucune prise sur ce qu’est la nature même d’un Humain, dans un temps donné, à qui la société a
imposé depuis la naissance un certain nombre de désirs et pulsions, et que par la force de sa seule
volonté, il devrait être en mesure de tout pouvoir envoyer balader. Cette personne n’existe donc pas, ou
pas encore, et cela ne remet à aucun moment en doute, ses convictions profondes. Ce raisonnement est
dès lors aussi applicable à tous.tes les insoumis.e.s ou autres personnes pouvant être amenés à avoir un
positionnement critique envers les médias.

Vous ne trouverez que deux systèmes de défense de leur part pour réagir à la critique. Le premier, nous l’avons vu, « si vous n’aimez pas les médias, pourquoi vous rendre sur les plateaux tv ? ». Comme s’il nous était possible aujourd’hui de nous passer d’eux, pour diffuser des idées, faire germer dans la société des perspectives autres, plutôt que le monde dans lequel les partisans de la pensée unique tente de nous enfermer. Ce qui est assez abracadabrantesque, c’est que le second argument avancé, est la contradiction même du premier. Cette fois, notre présence, dans la sphère médiatique, est ce qui vient garantir, légitimer, la présumée pluralité. Vous entendrez dès lors des phrases de type « mais nous vous invitons ici, c’est bien la preuve que vous pouvez vous exprimer librement et diffuser vos idées ». Les contradicteurs, ceux qui critiquent ce système se retrouvent malgré eux, désormais garants de la liberté et de « l’autonomie » des médias ainsi que de ceux qui les régissent, magique !

La science et notamment la psychologie sociale, peut nous permettre d’appréhender cette thématique
de manière pertinente, à l’aide d’une littérature exhaustive. Tout d’abord, la psychologie sociale c’est
quoi ? « C’est l’étude scientifique de la façon dont les gens se perçoivent, s’influencent et entrent en
relation les uns avec les autres » (Myers & Lamarche, 1992). C’est donc la discipline idéale pour réfléchir
au sujet que nous traitons aujourd’hui, à savoir la neutralité des médias. Nous appartenons tous à des
groupes sociaux, certains que nous avons choisis, comme par exemple votre groupe d’amis avec qui vous
faites une soirée poker, d’autres qui nous sont imposés, comme par exemple notre sexe. Il y a des
éléments qui sont inaliénables à ce qui est l’essence même d’un groupe. Les membres d’un groupe,
s’influencent mutuellement et développent spontanément des comportements, permettant de les
reconnaître comme membre, et de s’identifier eux-mêmes comme tels (Sheriff, 1968). Il est donc tout
simplement impossible, d’appartenir à un média, ou quelconque autres groupes, ayant obligatoirement,
un système de valeurs ou de croyances, comme « une ligne éditoriale » et de pouvoir, tel l’eau
rebondissant sur un k-way, être imperméable à celle-ci. Ces personnes, ne votent-elles pas ? Comme si
une fois le costume de journaliste endossé, ils parvenaient tels des « Terminators » à l’équilibre.

Une fois que vous avez dit cela, arrive une nouvelle barrière à laquelle vous êtes confronté. : C’est celle du statut des grandes figures journalistiques, les éditorialistes faisant la pluie et le beau temps et qui se pensent complètement indépendants. Lorenzi-Cioldi (2002) a démontré que plus les individus bénéficient d’un haut statut dans notre société, plus ils se sentent indépendants. Lorsque vous parlez par exemple des
ouvriers « groupe agrégat », un groupe hiérarchiquement dominé, les individus sont des entités
indifférenciées, pourrions-nous même dire, interchangeables. Tandis que la caste, dominante, « groupe
collection » met en avant la spécificité de chacun de ses membres. La réussite de ces personnes
(« réussite»au regard de la perspective de nos sociétés modernes) les laisse à croire qu’ils sont uniques,
singuliers et par conséquence, indépendants. Il devient donc impossible de faire comprendre à un
« grand éditorialiste » mainstream, qu’il appartient à un groupe formel, c’est-à-dire, ayant une place
assignée, un rôle prescrit, régit par une structure hiérarchique.

Nietzsche, qui a certainement été le premier des psychologues est celui qui a réussi de la manière la plus brillante à démontrer, que les idées ne tombaient pas du ciel, qu’elles provenaient d’un corps, dans une période donnée et que différencier corps et esprit, ou encore esprit et monde alentour était certainement l’une des plus grandes tares de nos sociétés.

Il est donc impossible pour moi, pour vous ou pour quiconque de prétendre pouvoir s’exprimer de manière neutre, innocente, et donc sans avoir le moindre fondement idéologique derrière son propos comme ils tentent de nous le faire croire. La question du groupe soulève d’autres soucis majeurs dans le militantisme, au sein de nos propres partis ou mouvements politiques, mais cette autocritique sera l’objet d’un prochain article.

Boris Obama

Doctorant en psychologie

Militant FI Dijon

One Comment

  1. Il est impossible, au fond, de ne pas transpirer d’une façon ou d’une autre sa propre opinion, soit, mais il est possible, dans la forme, de ne pas en faire une vérité absolue.
    Ce qui est insupportable avec les médias “mainstream”, c’est leur capacité à discréditer le discours contradicteur! L’effet “mainstream” transforme le discours journalistique en une mode rhétorique définissant un dogme, interdisant ainsi toute analyse autocritique!
    Le contradicteur est alors de fait hors propos, disqualifié.

    Jacques Ricard

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