Macron et Philippe : la stratégie du choc

Au lendemain des « Marées Populaires » ayant émaillées l’ensemble du territoire le 26 juin 2018, le Premier Ministre Edouard Philippe a commenté l’évènement dans la presse. Ce dernier a choisi l’ironie : « Un petit coefficient de marée ». La veille, le chef de l’état en personne a dérogé à la règle traditionnelle de ne pas commenter la politique française à l’étranger. En l’occurrence, cela été fait depuis Saint-Pétersbourg : « Qu’il la promette! Mais vous savez, ça ne nous arrête pas ». L’exécutif et le Président sont dans une stratégie tout à fait claire : le « droit dans mes bottes ». Le couple mise sur le fait que ce qui est en fait de la rigidité et de la surdité tiennent pour actes de courage face à la « grogne ». De courage il n’est pas question, mais d’une mise en tension sévère de la société, en effet.

Alors que la politique du gouvernement est de plus en plus mal perçue par nos concitoyens (président arrogant, autoritaire, mettant une politique en place pour les plus fortunés etc…), il choisit de rentrer dans une stratégie du choc. Aussi, dans les cabinets ministériels, les créateurs d’éléments de langage et de stratégies communicationnelles, choix a été fait de considérer l’opposition (syndicale et politique) comme non-démocratique et dangereuse.

Voici ce que dit Monsieur Macron à propos de la CGT, sans la nommer : “J’ai besoin des syndicats pour animer la vie et la démocratie sociale du pays, a-t-il ainsi expliqué. Mais les syndicats ne se substituent pas à la représentation nationale et la légitimité populaire. Ce n’est pas parce qu’un syndicat ou plusieurs seraient contre une réforme qu’il faudrait arrêter.” Le dire, c’est laisser penser que la CGT se verrait comme un substitut à la représentation nationale et à la légitimité populaire. Le fiel est lancé mais sans se mouiller plus que cela.

Au sujet de la France Insoumise par contre, aucune pincette communicationnelle n’est prise. Edouard Philippe épingle ceux qui « essayent » de « rejouer dans la rue ce qu’ils ont perdu dans les urnes ». Et poursuit en indiquant que « Certains attisent la tension sociale en essayant de rejouer dans la rue ce qu’ils ont perdu dans les urnes. C’est un jeu dangereux : la démocratie a parlé ».

L’on apprend des choses qui en disent long sur la représentation que se fait le gouvernement de la démocratie. Manifester pacifiquement autour de revendications sociales, sociétales et institutionnelles est dangereux. Cela serait tellement mieux qu’il n’y ait pas d’opposition, ou de revendications antagonistes à la politique libérale et injuste mise en place par Emmanuel Macron. Cela est très convenu, mais c’est une illustration supplémentaire du penchant Thatchérien de l’exécutif. Pensent-ils que c’est politiquement immédiatement gagnant ? Force est de constater que la droite est atone, car elle rêve depuis des décennies de porter de si puissants coups à notre modèle social. Force est aussi de constater que la quantité de fronts ouverts par l’exécutif dilue grandement la capacité de réaction des organisations ou personnes n’étant pas d’accord. Les marées populaires montrent néanmoins que les associations, les syndicats et les mouvements politiques sont en train de contrecarrer le blitzkrieg macronien sur le terrain.

Pour autant, cette politique gouvernementale est éminemment dangereuse. Si l’opposition que représentent les syndicats, les associations et les organisations politiques sont ignorés de la sorte pendant un laps de temps trop important, à quelle situation cela nous mènera ? Rester sourd de la sorte ne fait pas baisser le niveau de colère générale, ou ne résigne pas les gens, c’est tout l’inverse. Dans la presse, on entend de plus en plus de signaux qui devraient mettre le gouvernement en alerte.

Il est évident que le gouvernement entend cette colère. Fort heureusement, la France Insoumise est responsable et exemplaire dans cette affaire. Jamais aucune violence n’a pu être mise sur le dos de la France Insoumise, car nous la refusons absolument. Cela a été maintes fois répété par Jean-Luc Mélenchon. Mais attention, compte tenu de la dernière sortie de Gérard Collomb sur les violences en manifestation, il semblerait que l’exécutif soit prêt à jouer le jeu de la mise en responsabilités de LFI dans les violences.

De quelle manière ? Voici sa déclaration après les marées populaires : « Il faut que les personnes qui veulent exprimer leur opinion puissent s’opposer aux casseurs”, a estimé Gérard Collomb, appelant les manifestants à « ne pas être complices de ce qui se passe par leur passivité ». Voici donc tous les citoyens en désaccord avec Macron complices des violences. Ni plus ni moins.

Nous ne devons pas tomber dans ce piège grossier. Notre rôle est de continuer à faire infuser calmement et en conscience dans la société l’idée que des alternatives sont possibles, souhaitables, « et qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner ! »

Arnaud GUVENATAM

https://www.bfmtv.com/politique/black-blocs-gerard-collomb-appelle-les-manifestants-a-ne-pas-etre-complices-par-passivite-1456721.html

https://www.lejdd.fr/politique/macron-sur-la-maree-populaire-promise-par-melenchon-ca-ne-nous-arrete-pas-3662990

https://www.lemonde.fr/gouvernement-philippe/article/2018/05/27/mobilisation-du-26-mai-un-petit-coefficient-de-maree-ironise-edouard-philippe_5305245_5129180.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *